Yverdon-les-Bains (VD)

06 novembre 2017 17:47; Act: 07.11.2017 10:48 Print

Sextapes et montres volées: Cissé déballe tout

par Christian Humbert - Témoin au procès de l’ex-concierge des stars du foot français, le joueur a taclé le prévenu. Lequel est en prison, en attendant le verdict.

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Djibril Cissé a témoigné contre un homme surnommé Sata, qui gravite dans l'entourage des stars du ballon rond françaises. (Photo: Keystone)

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«Il me rendait des services. C’était un copain. Mais il est tordu. Je ne le recommanderais pas.» Entendu comme témoin, le footballeur Djibril Cissé va droit au but en parlant du prévenu qui se trouve derrière lui. L’attaquant d’Yverdon-Sport n’a pas cherché à dribbler la présidente du tribunal correctionnel, lundi à Yverdon-les-Bains. Look noir et blanc, lunettes de soleil jaunes posées sur la table, il a raconté avec humour et décontraction ses relations avec le Marseillais «Sata», ex-concierge des stars du football, aujourd’hui recyclé dans la construction de villas de luxe, toujours pour les riches joueurs.

La montre de «Terminator 3»

Sata est venu de France pour répondre de l'accusation de recel des coûteuses montres dérobées en septembre 2010 au Musée Audemars Piguet, au Brassus (VD). Si les voleurs n’ont jamais été identifiés ni condamnés, deux receleurs au moins, le père d’un footballeur de la Juventus et Sata se sont retrouvés avec ces objets de luxe, rachetés quelques dizaines de milliers d’euros aux voleurs. Les deux hommes fréquentant le milieu du ballon rond, ils ont pensé y trouver facilement des acheteurs. Or les footballeurs ne veulent que des montres officielles, avec papiers et garanties.

Cissé a raconté aux juges comment Sata, qui transférait d’un pays à l’autre ses nombreuses voitures, est venu le trouver en Grèce pour lui proposer la fameuse Audemars Piguet portée par l’acteur Arnold Schwarzenegger dans «Terminator 3». Ce qui montre, pour le procureur Christian Buffat, que Sata en est bien le receleur, lui qui dit n’avoir jamais vu cet objet. Car le prévenu de 43 ans n'a qu'un axe de défense: il conteste tout. «Il n’y a aucun ADN et aucune empreinte sur ces montres, dont je n’ai jamais entendu parler.» Son avocate, Me Inès Feldmann, plaidera l’acquittement.

Chantages aux sextapes

Djibril Cissé a aussi décrit comment Sata a monté tout un scénario pour un premier chantage à la sextape. Il a raconté avoir pu regarder une courte vidéo de sexe mettant en scène l’ex-international avec une jeune femme. «Je ne sais pas comment elle a fait pour nous filmer sans que je le voie mais c’était vrai. J’ai payé pour la destruction de l’ordinateur, ce que devaient faire Sata et un complice.» Mais ce duo est revenu à la charge pour lui soutirer plus d’argent, toujours soi-disant comme intermédiaires de maîtres chanteurs. Cissé a refusé de débourser davantage.

Ce scénario s’est répété bien plus tard avec un autre international français, Mathieu Valbuena. Cissé: «Sata m’a contacté pour que j’avertisse Mathieu. Puis il m’a envoyé un extrait de 20 secondes. C’était clair. C’était bien Mathieu. Je lui en ai reparlé en disant qu’un intermédiaire, Sata, pouvait s’en occuper. Résultat: les policiers ont débarqué chez moi et m’ont mis en garde à vue.» Et le footballeur de poursuivre: «Je me suis fait avoir. J’appelle Valbuena et je me retrouve complice. Cela fait trois ans que je suis traîné dans la boue.»

Ce témoignage est déterminant aux yeux de l’accusation: il prouve le peu de crédibilité du prévenu.

Négociations avec les propriétaires légitimes

Faute de pouvoir écouler les Audemars Piguet dans le milieu du foot, Sata et son complice sont venus à Genève pour négocier directement avec la manufacture. Ils auraient proposé de rendre 31 montres contre le versement de 580'000 euros (env. 670'000 francs). La police a été avertie et a pu intercepter les deux hommes, un à Genève et un à Marseille. Les montres, ainsi que d’autres objets et bijoux provenant d’autres délits, ont été récupérés, notamment chez une femme, co-prévenue à Yverdon.

Emmené en prison

Le complice de Sata a été condamné à 1 an de prison en France. Sata connaîtra son sort cette semaine. Il a déjà passé 167 jours de prison en Suisse avant d’être libéré contre une caution de 10'000 euros (11'600 francs.) Lundi, le procureur a requis 3 ans de prison ferme. Pour éviter que le prévenu quitte le pays avant le verdict, la justice a ordonné sa mise en détention provisoire immédiate.

Il est toujours dans l'attente de son procès pour l'affaire de la sextape de Valbuena.