Genève

07 novembre 2017 19:07; Act: 08.11.2017 08:01 Print

Les hommes monopolisent l'offre sportive publique

par Maria Pineiro - La Ville veut rééquilibrer les subventions et les infrastructures pour permettre à plus de femmes de pratiquer du sport et sortir des pratiques stéréotypées.

storybild

La Ville veut encourager les filles à pratiquer des sports urbains. (Photo prétexte) (Photo: Keystone/Jean-christophe Bott)

Une faute?

«Les hommes utilisent davantage les équipements sportifs publics. Ce que nous pensions être neutre du point de vue du genre ne l'est pas.» C'est une des conclusions de l'enquête menée par le géographe Yves Raibaud à la demande de la Ville de Genève. L'étude révèle également que «70% des ressources allouées aux activités sportives subventionnées sont utilisées par les hommes». A titre d'exemple, les financements publics irriguent plus les activités typiquement masculines, comme le football, que celles plutôt prisées par les femmes. Par ailleurs, la gent féminine se trouve confrontée à certaines contraintes, familiales notamment, qui tendent à la détourner du sport. De plus, 26% des sportives interrogées disent avoir été victimes de sexisme.

Mieux orienter l'offre

Le travail d'Yves Raibaud s'inscrit dans le programme «genre et sports» initié en 2014 par la commune. «Cela fait maintenant dix ans que nous agissons contre les discriminations dans tous les domaines», a déclaré Sandrine Salerno, conseillère administrative.

L'enquête menée auprès de 1600 femmes au moyen d'un questionnaire, mais aussi d'entretiens et d'observations a permis d'analyser les facteurs qui influencent leurs pratiques sportives. Le but: mieux orienter l'offre et répondre à leurs attentes.

Etre proactif

Une fois les constats posés, il faut agir a déclaré le magistrat en charge des sports Sami Kanaan. Il s'agit selon lui de sensibiliser les milieux sportifs à la thématique, mais également aux mécanismes en jeu. «Il ne suffit par d'être ouvert, il convient d'être proactif», a souligné l'élu en ciblant les clubs ouverts aux deux sexes mais comptent majoritairement des hommes. Une répartition qu'il juge peu propice à l'arrivée de femmes.

Son département a notamment mis en place des joggings accompagnés l'été dernier: «un franc succès» d'après Sybille Bonvin, cheffe du Service des sports. L'expérience sera dès lors renouvelée et adaptée.« Cela permet aux femmes d'investir l'espace public dans leur pratique sportive sans encourir les désagréments de la rue comme le harcèlement ou le sentiment d'insécurité», a précisé Sami Kanaan.

Cibler les jeunes

Des actions seront aussi menées par le Service de la jeunesse. Esther Alder, conseillère administrative, entend faire une place aux filles dans le skatepark de Plainpalais en les invitant à des cours donnés par des skateuses connues. La pratique du parkour par les jeunes filles sera aussi vivement encouragée.

De manière générale, la Ville veut sensibiliser les éducateurs aux problématiques de stéréotypes afin de faire passer le message auprès des enfants et des jeunes. Mineurs ou adultes, la Ville souhaite «décloisonner les sports, c'est-à-dire permettre à des hommes de pratiquer des activités que l'on attribue aux femmes et vice-versa», a déclaré Sandrine Salerno.

«Un travail de Sisyphe»

D'autres actions seront mises en oeuvre, comme la mise en place d'une halte-garderie au centre sportif du Bout-du-Monde pour éliminer la contrainte de la garde d'enfants dans la pratique sportive, ou le développement d'activités familiales.

Le Conseil administratif veut mener une politique contre les discriminations à moyen terme. Outre des actions concrètes, des analyses et des campagnes de communication sont prévues. Le rééquilibrage envisagé des infrastructures et des 5,6 millions de francs de subventions municipales annuelles devra être opéré «dans le dialogue avec les associations et les clubs, a indiqué Sami Kanaan. Idéalement, il ne devrait pas être fait au détriment de qui que ce soit.»

«La lutte contre les discriminations est un travail de Sisyphe», a conclu Sandrine Salerno.