Genève

09 novembre 2017 09:31; Act: 09.11.2017 10:28 Print

«Ramadan n'était pas le seul prof à coucher»

par Jérôme Faas - D'anciens élèves du collège disent avoir été au courant des frasques de l'islamologue. Mais c'était une autre époque, la chose était courante, disent-ils.

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Tariq Ramadan en 2001, quelques années après les faits relatés dans cet article, qui se situent au début des années nonante. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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«Que Tariq Ramadan ait couché avec des élèves, c’était un secret de polichinelle, mais lui en faire le procès aujourd’hui est assez injuste. C’était une autre époque, et il n’était de loin pas le seul enseignant du collège de Saussure à agir de la sorte.» En substance, voici ce qui ressort des témoignages d'anciens étudiants de l’établissement au début des années nonante.

Six ont été contactés. Deux hommes ne se doutaient de rien jusqu’à la fin de la semaine dernière et le premier article de la «Tribune de Genève» concernant l’enseignant. En revanche, deux autres hommes et deux femmes n’ont pas du tout été surpris. L’une d’elles, qui affirme avoir eu des rapports sexuels parfaitement consentis avec un autre enseignant à l’époque, mais pas Tariq Ramadan, juge d’une part que l’affaire se savait largement – «il y avait d’ailleurs eu un tollé dans le groupe des musulmans», et d’autre part qu’elle était, d’une certaine façon, banale.

«Les élèves avaient bon goût»

«Il me semble parfaitement crédible que le directeur de l’époque, s’il était au courant, n’ait pas alerté le département: il aurait dû virer plusieurs de ses enseignants. Les profs qui couchaient, c’était évidemment les bons éléments: les élèves avaient bon goût.» A propos de Tariq Ramadan lui-même, elle déclare qu’elle n’aimait pas sa façon de faire, «mais la plupart des filles de ma classe ne demandaient que ça».

Comme beaucoup des anciens élèves de l’islamologue, un homme témoigne du magnétisme qu’il exerçait sur certains étudiants. «Il était soit adulé, soit détesté.» Lui aussi était au courant des relations intimes que l’enseignant entretenait avec des camarades féminines. «C’était de notoriété publique.» Mais il n’a jamais été question de contrainte à l’époque, seulement de charisme, précise-t-il, jugeant néanmoins «lamentable» de profiter ainsi d'une position d'autorité. Plusieurs autres que lui agissaient de même, assure-t-il.

Un autre homme confirme la généralisation de ces pratiques, citant des noms de professeurs particulièrement avides de chair adolescente. «Tout le monde le savait, j’en ai d'ailleurs parlé à plusieurs reprises avec deux de mes enseignants.»

Une dernière femme confirme enfin avoir eu vent des frasques de Tariq Ramadan. «Une fille de ma volée se vantait de coucher avec lui. Moi, j’étais bien contente de ne pas l’avoir comme prof. Il dégageait quelque chose de malsain. Il voulait se comporter en guide. Cela choquait certains, qui désiraient qu’on les laisse tranquilles. Mais, dans un collège un peu altermondialiste, ce n’était pas bien vu de le dire.»